La maison sur la montagne

 

Notre maison est seule au creux de la montagne
Où le chant d'une source appelle des roseaux,
Où le bout de jardin plein de légumes gagne
La roche qui nous tient dans son âpre berceau.
Septembre laisse choir sur les molles argiles
La pomme abandonnée aux pourceaux grassouillets.
Nous avons dû poser des cailloux sur les tuiles ;
Car la bise souvent s'aiguise aux peupliers,
Le volet bat la nuit, le crochet de la porte
Danse dans son anneau. Nous avons peur et froid.
La mare des moutons réveille son eau morte
Et soudain un caillou branlant tombe du toit.
J'aime, sous mon poirier rongé de moisissures,
Des champignons serrés voir surgir le hameau,
Un petit dahlia me plaît par ses gaufrures,
Mes brebis ont le nez et les yeux du chameau.
Notre univers s'étend au gré de notre rêve,
Le silence est mouillé par la voix du torrent,
La lune de rondeur sort quand elle se lève
D'un nid de thym perché sur les monts déclinants.
Assise dans le jour de la porte qui pose
Son reflet sur la cruche verte et le chaudron,
Pour la pomme de terre au ventre dur et rose
Je couds des sacs. Je vois blondir le potiron.
Les pruneaux violets se rident sur leurs claies,
La salade du soir est dans le seau de bois
Et des corbeaux goulus qui frôlent les futaies
Font en se querellant tomber de vieilles noix.
C'est le temps où la feuille aux ramures déborde,
La montagne nourrit des herbes de senteur,
Notre chèvre s'ennuie et tire sur sa corde
Pour atteindre aux lavandes fines des hauteurs.
Le maître près d'ici laboure un champ de pierres ;
Je vais pour son retour tremper le pain durci,
Préparer à sa faim une assiette fruitière
Et le verre où le vin palpite et s'assoupit.
Nous nous plaisons de vivre à côté de l'espace ;
Un vol d'abeilles tourne avec des cris de fleurs,
La neige qui l'été reste dans les crevasses
Semble se détacher des nuages bougeurs.
Des guêpes au long corps tettent les sorbes mûres,
La maison qui se hâle a des mousses au dos,
La cloche des béliers sonne nos heures pures.
Pour nous chauffer, sitôt que la lune a l'oeil clos,
Le soleil comme un boeuf fume dans l'aube nue ;
Car sur nos pics le ciel de lin tiède est tendu
Et notre front obscur est touché par la nue
Lorsqu'elle vient dormir dans les chênes tordus.

                                                                                      Cécile Sauvage

Commentaires (1)

1. Le Coz Gérard 14/08/2010

Bonjour Yves,
I have a dream.
Ah! si je pouvais écrire ainsi. Aussi simple, et donc aussi beau. Beauté de la simplicité... et de la poésie même si ce n'est pas Baudelaire.
" Les poètes ont cent fois plus de bon sens que les philosophes. En cherchant le beau, ils rencontrent plus de vérités que les philosophes n'en trouvent en cherchant le vrai." Joseph JOUBERT.
C'est le caricaturiste qui, en un dessin, en dit autant qu'une page d'éditorial.
Et puis, Yves, le plaisir en plus, en tout cas pour moi, de lire un texte sans faute d'orthographe!!! (J'apprécie le site de Gilles VARE, que je connais par toi déjà pour ça et évidemment pour ses exceptionnelles photos.)
Maudite soit cette informatique qui, une fois appuyé sur "enter", ne permet plus de passer la gomme sur nos erreurs, erreurs plutôt de frappe souvent.
5 fautes d'orthographe = 0, était le tarif à l'école communale du Trévoux, comme dans toute la République. Avec à mon époque, c'est à dire il y a plus soixante ans, la honte qui ne nous était pas épargnée.
Cécile Sauvage, Cécile patronne de la musique si je ne m'abuse??
Tiens, ce jour, voici ce que je lis dans mon journal (le journaliste parle de Bach): "... Qui ne s'est dans sa vie une fois évanoui ou n'a pleuré d'émotion en entendant L'art de la Fugue est passé à côté de l'essentiel. ..."
Des gênes de l'art assurément dont je n'ai, hélas, pas été doté.
Bon, revenons à nos oiseaux qui ont aussi leur splendeur!!!
A bientôt (la semaine prochaine) dans le Finistère sud et, sait-on jamais, le plaisir d'une rencontre.
Amitiés,
Gérard

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