Xavier Grall Solo 2

SOLO 2

La mort vient tôt frapper
à notre porte
les vents d’hiver emportent
les poitrinaires
et pour flétrir les pâles primevères
il suffit que l’ondée se conforte
d’un peu de givre et de Galerne
la vie s’en va la vie s’en vient
ma belle passante mon étrangère
la vie s’en vient la vie s’en va
lonla lonlaine et caetera
  S
SOL
  L
O
ma rose des vents
mon signe de croix
  S
O
ILE
O
Mon ex-voto
dans la crypte marine
chantez saxos
  S
  O
  L
FOL
stèle et fanal
flamme
amer du litttoral
signe vertical
de la raison
face aux fatales démences
de la mer et des lames

J’aurais aimé chanter le triomphe
des marées à la corne des caps
et la douceur des plages
dans les criques pélagiennes
un orchestre de pianistes
et de harpeurs
eût repris le thème de l’antienne
car je portais dans mon sang
mystique
des hymnes marins
et des fureur liturgiques
j’aurais aimé chanter
les varechs verts
les germons bleus
les daurades d’or
les couleurs et les chaos
par la harpe et le saxo
mon Dieu je vous adore

Orgues de Benjamin Britten
Cuivres de Ludwig Van Beethoven
Les symphonies fusent
dans les rocs d’Ouessant
les tintamarres furieux
fracassent les brisants
qui dira les sonorités multicolores
dans la gorge des rias
les corps morts dansent
les cormorans fustigent les amarres
les coques des naufrages
cognent dans les baies
des oiseaux hurleurs
descendent dans mes veines
mon âme est cette porte battante
ouverte sur la mer
j’attends la fuite des vents
à la renverse
paix sur les noyés et les goémons
paix sur les îles et les quais
mon cœur
tranquille caboulot
à la bonne brise
au-dessus des limons
affiche son enseigne
« Au repos du marin »

Solo
Solo de mes noyades
solo de mes sanglots
j’agite des violons brisé
sur mes amours mortes
mes barques chavirées
accrochent des grelots
aux chagrins sourds
qui lentement m’emportent

Solo
Solo d’oraisons ferventes
il m’arrive de prier
dans les églises défuntes
Notre-Dame des poètes
mère des Atlantes
pitié pour ce voilier perdu
au large des pâles limbes

Solo
Solo de mes années passantes
haleurs et musiciens
désertent les bordées
mon âme est cette Marie-Galante
que défoncent les vins
et les rhums boucanés

Solo
Solo de mes pensées dolentes
musiques enfuies motets anciens
tout périt dans les marées violentes
l’Océan tracasse des pianos
à la gueule des chiens

Seigneur me voici c’est moi
je viens à vous issu d’un pays de mer
les tempêtes ont réjoui mon amère jeunesse
la liesse des alizés roulait dans les collèges
les goélands croisaient dans mes classes latines
des Maris Stella à matines
éclataient dans les nefs
les noroîts jouaient de l’harmonium
délirium du graduel
cantique des grèves ivres
O les navires et les chapelles
Etoile de la mer
Qu’ai-je fait de ma chère jeunesse ?

Seigneur me voici c’est moi
dans les bonnes auberges
j’ai traîné ma détresse  
les bouteilles entonnaient des pavanes
dans les verres je buvais des rengaines
les bars roulaient comme des rivières
j’ai prié comme jamais dans les ivresses
faisant des femmes des suzeraines
qu’elles fussent allemandes
bretonnes françaises
leur beauté glorifiée par l’absinthe
dissolvait la bassesse
c’était ma tournée aux tables saintes

Seigneur
les bars chantent toujours dans les villes
ma santé trop vile les déserte
je ne vois plus les Belles
qu’au fond de ma mémoire
Brestoises Rhénanes ou Parisiennes
elles ont quitté mon domaine
fermons les persiennes
sur mes cinquante et une années
j’écrase les feuilles mortes
dans les allées
les temps ronge les vies et les grimoires
adieu  les Reines les bars et camarades
je tiens comme un pourboire
votre souvenir
adieu mes fêtes et mes délires
adieu mes désirades ........

Xavier Grall

Commentaires (7)

1. Dupdup (site web) 28/01/2010

Les derniers couplets me font penser à un autre grand maître de l'écriture : Bernard Dimey.

2. Yves 29/01/2010

Faut que tu me fasses découvrir cet auteur !!!

3. Etincelle 29/01/2010

Bernard Dimay et Xavier Grall sont morts la même année, le premier à 50 ans, le deuxième à 51 ans.
La même génération, la même sensibilité ?
ne croyez pas que je sois si cultivée, je suis tout simplement allée voir sur le net.
J'étais asse étonnée qu'à l'âge de 51 ans,(que j'ai dépassé, sniff), on puisse dire "fermons les persiennes" mais effectivement, Xavier Grall pouvait le dire puisque qu'il a du mourir peu de temps après avoir écrit ces lignes.
Sinon, je suis un peu déconcertée par "l’Océan tracasse des pianos
à la gueule des chiens".

4. Christian AILLET 16/06/2012

Au hasard ( qui est une rencontre ! ) d'un mot, d'une tournure, d'une rime on pourrait dire, mais non l'affirmer, qu'il y a Chez Grall un peu de Dimey et inversement...
Mais ne commettons nous pas une erreur ! Autant dire que chez René Char résonnent la syntaxe d'un St-John-Perse, ou que chez le Mallarmé d'Igitur se devine déjà Artaud de Rodez et du Jugement de Dieu !
Non, laissons à chacun sa gloire. Se qu'ils demandent humblement, la preuve ils font des poèmes, c'est qu'on les aime. Cela leur suffit !
J'ai connu Bernard Dimey. Dans un bistro bien sur. Il m'a dédicacé un poème ou deux....'' Ivrogne, est pourquoi pas ? ".Je l'aimais et même venant de sa province il était parisien. Maintenant que je suis devenu breton, je découvre Xavier Grall...D'un château l'autre, D'une province à l'autre......

5. Yves 16/06/2012

Ahh Dimey !!

Ivrogne, c'est un mot que ni les dictionnaires
Ni les intellectuels, ni les gens du gratin
Ne comprendront jamais... C'est un mot de misère
Qui ressemble à de l'or à cinq heures du matin.
Ivrogne... et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire,
Ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard,
Qui sont moches en troupeau et qui n'ont rien à dire.
Venez boire avec moi... On s'ennuiera plus tard.

Ivrogne et pourquoi pas

6. Yves 16/06/2012

C'est grâce à Dupdup et son commentaire sur ce poème que j'ai découvert l'univers de Dimey .

7. Dupdup (site web) 16/06/2012

J'ai eu la chance d'être ami avec un grand monsieur de l'écriture : Piere Louki.
Il était ami avec Bernard Dimay. Je n'ai connu Dimay, ses textes et ses chansons, que grâce à Louki.

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