Semailles

Comme elles étaient vieilles,

Usées par tant de lèvres et de plumes;

Comme elles étaient vieilles

Ces mouches de paroles et fourmis d'écriture.

Comme elles étaient vieilles

D'un très long passé de livres entassés; Comme elles étaient vieilles

D'avoir été le verbe heureux ou grave sur la multitude

À travers les siècles et les siècles...

Comme elles étaient vieilles

 Mais qu'il ne fallait pas les voir s'évanouir

Au bord d'une tribune ou bien au fond d'une bibliothèque

Comme elles étaient vieilles

Mais que, pour l'honneur du dire ou du poème

On ne devait pas les voir mourir j'ai semé,

Puisqu'elles recelaient encore un grain de vie,

 J'ai semé les lettres

Toutes les lettres de notre alphabet,

Ainsi qu'on sème à la volée

Le grain de blé,

Dans la page du Livre de l'éternité.

Et sur la marge large de mon espérance,

œil tendu, j'attends l'heure de la délivrance

Comme si la Page, en l'œuvre du mystère,

Était capable du miracle auguste de la Terre

Saint-Pol Roux

Commentaires (4)

1. Le Coz Gérard 05/03/2013

Bonsoir,

Et dans la large marge de votre espérance vous n'imaginiez pas que la folie des hommes vous précipiterait dans leur enfer. Reposez en paix.
Je vais aimer vos lettres.

Merci Yves,
Amitiés,
Gérard

2. Yves 05/03/2013

Merci à toi Gérard car , si je connaissais ce poème , je ne connaissais rien de Saint-Pol Roux ... Maintenant je sais le triste destin de ce grand poète !!

3. Dupdup (site web) 19/02/2015

Voici venir le doux temps des semailles
Alors je vais au jardin et sèm' ail.

4. Yves 19/02/2015

.... Au bord de l'Ognon !!

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